Encore
trop de femmes meurent en accouchant
La mort maternelle définit le décès
d’une femme pendant sa grossesse, lors de
l’accouchement ou dans les semaines qui suivent
celui-ci. Lorsqu’elle survient, c’est
toujours un drame.
Depuis les années 1970, plusieurs plans de
santé publique relatifs à la périnatalité
ont été mis en place mais c’est
en 1996 que la France s’est dotée d’un
système de surveillance de la mortalité
maternelle. Autour du Comité national d’experts
sur la mortalité maternelle, présidé
par le Pr Gérard Lévy, et de l’équipe
de Marie-Hélène Bouvier-Colle-Inserm
U149, chargée de l’étude épidémiologique
des données, s’est développée
une expertise confidentielle des dossiers permettant
l’analyse des causes et l’élaboration
de recommandations de pratiques professionnelles.
Depuis dix ans, le taux de mortalité maternelle
est estimé entre 9 et 13 décès
pour 100 000 naissances vivantes ce qui représente
chaque année le décès d’une
soixantaine de femmes (Philibert et coll). L’événement
peut être considéré comme rare.
Il l’est, bien entendu, si l’on se tourne
vers les pays en développement où
le taux de mortalité maternelle peut atteindre
500 pour 100 000 naissances. Mais il est encore
beaucoup trop fréquent lorsque l’on
constate que la France est mal située parmi
ses voisins européens et, surtout, parce
que l’on sait aujourd’hui, grâce
aux travaux menés, que la moitié de
ces décès sont évitables.
La France est, en particulier, le seul pays européen
où les hémorragies constituent la
première cause de mortalité maternelle.
Cela est d’autant plus regrettable que ces
morts sont jugées évitables par les
experts dans la grande majorité des cas (73
%) et sont liées à des pratiques médicales
qu’il convient encore d’améliorer.
Les autres causes recensées sont plus difficilement
évitables mais nécessitent un regard
d’autant plus vigilant que l’augmentation
de l’âge maternel peut en accroître
la fréquence. Ce sont les causes auxquelles
nous serons de plus en plus confrontés à
l’avenir et ceci en dépit des progrès
de l’obstétrique.
En effet, si de 1996 à 2000 la mortalité
maternelle a sensiblement diminué, la tendance
est moins nette sur la dernière période
(1999-2001) ce qui est clairement à mettre
en lien avec l’augmentation continue de l’âge
à la première maternité : la
mortalité a significativement baissé
chez les mères de 25 à 30 ans tandis
que ce n’est plus vrai pour les femmes plus
âgées. A ce facteur de l’âge,
s’ajoutent deux éléments complémentaires
qui doivent nous faire réfléchir.
En France, le risque de mort maternelle est deux
fois plus élevé chez les femmes qui
ne sont pas originaires de l’Union européenne,
nous renvoyant à des questions d’égalité
d’accès à la prévention
et aux soins, notamment pour des populations socialement
vulnérables. Par ailleurs, l’important
développement des accouchements par césarienne,
qui atteignent actuellement 20 % en France, constitue
un facteur de préoccupation. En effet, la
césarienne est liée à un risque
de mort maternelle multiplié par un facteur
proche de 3,5 (Deneux-Tharaux et coll), soulignant
l’importance d’en limiter les indications
et d’exclure les césariennes «
de confort ».
Depuis 2006, l’Institut de veille sanitaire
est responsable de la surveillance des morts maternelles
et compte poursuivre l’important travail mené
par ses prédécesseurs tout en cherchant
de nouvelles pistes d’amélioration.
Les principaux axes de réflexion, qui devront
être validés dans les prochains mois,
concernent les apports potentiels de la mise en
place de la certification électronique des
décès ainsi qu’une meilleure
connaissance et analyse des événements
graves affectant la grossesse et l’accouchement
ayant eu une issue favorable.
Source : http://www.invs.sante.fr/
Le
dossier compet