Une télévision pour les bébés?
Attention les bébés regardent ! : Ce sont les bébétéléphages !
Ils se recrutent dès l’âge de 6 mois à 3 ans.
Calés devant leur petit écran ils grandissent avec « Baby first » la chaîne de télé des baby téléspectateurs.
Arrivée en France depuis octobre dernier, diffusée 24h sur 24 par le bouquet Canal/sat qui émet depuis le Royaume-Uni la télé des bébés échappe au contrôle du CSA. 73 millions de foyers dans 28 pays sont abonnés à ces programmes de jeux et de musique douce, sans publicité.
Associations de parents et pédopsychiatres réagissent vivement à cette mode télévisuelle de plus en plus répandue.
«Il est urgent de se mobiliser pour la création d’un moratoire qui interdise à de telles chaînes de diffuser des programmes pour tout petits en continu, avant que nous en sachions un peu plus sur les relations du jeune enfant et des écrans.» écrivent Serge Tisseron, psychanalyste, Pierre Delion et Bernard Golse, pédopsychiatres qui ajoutent qu’il faut condamner « cette télé qui «enkyste (l’enfant) dans un statut de spectateur du monde». En écho à ces professionnels de la santé, une vingtaine d’associations de parents en colère pétitionnent actuellement sur le site squiggle.be pour « l’appel contre la fabrique des bébés téléphages »
Dans la même mouvance, le Collectif Interassociatif Enfance et Média (CIEM) a été entendu par la ministre de la Santé Roselyne Bachelot qui réfléchit avec un comité d’experts sur l’impact de la télévision sur les bébés. Le CIEM demande « de faire respecter par les opérateurs de câble et satellite français l'article 22 de la directive 'télévision sans frontières' qui interdit « la diffusion de programmes susceptibles de nuire gravement à l'épanouissement physique, mental ou moral des mineurs ». Le CSA impuissant à statuer sur la suspension de la diffusion des programmes destinés aux moins de deux ans devrait saisir la Commission européenne afin d’imposer des obligations aux distributeurs.
Dans ce vent de révolte, les enquêtes sur les bébés-télé révèlent des statistiques sans appel :
• 26 % des bébés de moins de 12 mois regardent régulièrement la télévision selon l'Institut des Mamans (lesechos.fr du 20/12/06).
• Les bébés américains sont déjà des « addicts ». Selon une étude publiée dans les Archives of Pediatrics and Adolescent Medicine, à 3 mois, 40 % des bébés américains sont des spectateurs réguliers. À 24 mois, ils sont 90 %.
• L'âge moyen des enfants exposés régulièrement aux médias est de (seulement) 9 mois (lefigaro.fr du 12/05/07).
Les interrogations légitimes des parents nourrissent quelques craintes : La télé chronophage va t-elle se substituer aux parents et freiner le développement des enfants ? Remplacer sa baby-Sitter par des images animées, n’est-ce pas là une solution de facilité ? Les parents qui utilisent la télé pour endormir leur enfants vont ils en faire des téléphages dans les années à venir, des accrocs du petit écran formatés par le marketing du paysage audiovisuel?
Au niveau publicitaire, la France qui joue la concurrence avec « Baby TV », depuis 2003 sur TPS, semble avoir minimisé les risques en interdisant la publicité (contrairement à la plupart des autres pays). « C‘est un outil sur et efficace » se défendent leurs créateurs « Notre souci principal est de développer des programmes de qualité destinées à favoriser l’éveil, l’activité et l’interaction dans un environnement divertissant. » Un argument contré par le psychanalyste Serge Tisseron : il est à craindre « que la télévision éloigne les très jeunes enfants des activités motrices et exploratoires les plus propices à leur développement à cet âge. »
Qu’aurait pensé Françoise Dolto, la célèbre pédopsychiatre dont on fête le centenaire de la naissance en 2008, d’une télé pour enfants ? La romancière Sophie Chérer nous en donne un aperçu avec son dernier livre « Ma Dolto » (éd. Stock).
« Les parents confient trop souvent leurs enfants à une nounou nuisible : la télévision. Or des chaînes comme Baby First meublent un vide humain dont les petits souffriront plus tard. Au contraire, Françoise Dolto nous encourageait à toucher nos enfants, à les câliner, à les bercer, à ne pas rater une occasion de leur donner de la chaleur.
Alors ? Des câlins ou des images en couleurs ? A vous de choisir ! et pourquoi pas les deux !
|